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Billet d'humeur

  Grain de sel

Le pastis d'abord !

Ah l’été ! Alors, bien sûr la rivière sportive, et bien sûr le bonheur de pagayer, de se saouler d’eaux vives et de « dessaler » en eaux claires.

Un bonheur toutefois loin d’être gratuit et qui déjà se paye d’opérations régulières en… eaux troubles. Car la boue qui menace peut être pour Huningue la sardine qui boucha le Vieux Port de Marseille. Ainsi, tous les quatre à cinq ans, ce gros travail de «désenvasement» du bassin facturé à quelque 110 000 € à la Ville. Et l’exercice n’est pas sans danger comme en témoigne la manœuvre menée en 2003. 

Il y a des événements comme ça qui méritent d’être rappelés, se doivent d’être transmis de génération en génération dans ce qu’on appelle le devoir de mémoire. Ainsi aux annales de la « Royale » de France et d’ailleurs, riches déjà de la déculottée des Perses à Salamine, de la branlée de Cléopâtre et d’Antoine à Actium, de la mort… « victorieuse ! Yes, my dear » de Nelson à Trafalgar ou du sabordage de la flotte à Toulon, on ajoutera sans contestation la belle tasse bue par la marine hollandaise dans le bassin de Huningue.

Au « Bar de la Marine » - si Huningue avait un « Bar de la Marine » bien sûr - on ne se lasserait pas de raconter cette histoire qui, en mars 2003, vit ce bâtiment des Pays-Bas toucher le fond.

C’était un petit navire qui avait beau-beau-beaucoup navigué, ohé ohé ! Qui, sous l’apparence d’une simple barge, cachait un équipement sophistiqué pour faire la guerre sur le front des boues : toute une technologie embarquée commandant une fraise qui grattait et une suceuse qui évacuait les dépôts. Comme déjà écrit, de ces Hollandais, qui ont fait le Waterland, on n’attendait pas ce… Waterloo.

Mais… chuuut ! On n’a jamais révélé publiquement les causes du naufrage, le maire de l’époque, René Moebel - qualifiant l’incident de « folklorique » - se limitant a un bref communiqué annonçant à son conseil que la barge avait dû être repêchée et ramenée en camion aux Pays-Bas. Et le maire actuel, Jean-Marc Deichtmann, tient à garder les bonnes relations qu’entretient depuis le XVIIe siècle Huningue avec la maison régnante d’Orange-Nassau.

Qui voulait-on couvrir ? Quel secret défense ? Et des consignes avaient-elles été données en haut lieu ?

La presse, jamais à court d’imagination, avançait alors l’hypothèse folklorique elle aussi « d’une collision nocturne en vase clos, d’un Rainbow Warrior bis des partisans des bains de boue, d’une manœuvre de marins d’eau douce… »

De fait, rien non plus sur l’équipage. Était-il mouillé dans cette opération ? A-t-il fallu sécher ces marins au föhn avant de les renvoyer discrètement dans leurs foyers ? Et étaient-ils seulement hollandais ?

Une certitude toutefois, l’équipage n’était pas marseillais.

Mario, un ancien de la cité phocéenne, échoué depuis quelques décennies déjà sur nos côtes huninguoises, qui a été témoin du naufrage et que Passerelle[s] a su retrouver après un long travail d’investigation est formel : « si l’équipage avait été marseillais, peuchère, on aurait entendu le capitaine crier : sauve qui peut ! Les femmes et le pastis d’abord ! »

Jeanlou


 
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