Rencontres avec des Huninguois[es]

Arsène LIEBY : la diagonale du fou

septembre 2014 / par Jean-Louis Mossière
Arsène LiebyHuningue - Soustons à bicyclette : il y eut des hauts et des bas, des ciels noirs colères, du bleu aux yeux et du soleil en… bouteilles de Monbazillac. Et au bout de la descente, « que la France est belle ! » s'exclame l'ami Arsène.

Qu'est-ce qui peut bien faire qu'un homme apparemment sain d'esprit, bon père de famille, en âge même d'être grand-père, grand-père par surcroît, et jouissant d'un environnement confortable - un travail, les copains, un logement de plain-pied, la télé, le plateau-télé et… Violeta - se retrouve un jour seul parachuté sur les sentes de France en pareil équipage, s'échinant, attelé à une bécane, à tracter une carriole trimbalant le logo de Huningue et pesant encore son nécessaire de survie ?

Et un coup de pédale pour le prochain hameau et un coup de pédale pour ce pont-là à l'horizon et un autre jusqu'après la colline et un p'tit dernier encore, allez ! jusqu'au prochain marronnier… Oui, comment a-t-on pu bien vouloir ainsi trimer 16 jours sur la selle et au guidon de son… « semi-remorque », 16 jours tantôt dégoulinant sous l'averse tantôt suant sous le cagnard, à se donner à vivre pareille aventure, nom d'une p'tite reine ?

La faute aux… taureaux et aux amateurs de corrida ?

« …et là j'ai dit : moi, j'y vais à vélo ! »

Tout part en tout cas, d'une joyeuse tablée à Huningue, celle du groupe d'aficionados de l'adjoint au maire, l'ami Martin, où tout à la liesse du proche 75e anniversaire de l'évacuation dans les Landes et du voyage à Soustons, on se lance des défis… démesurés.

« Oui, c'est là que je leur ai dit, moi, le trajet pour Soustons, je le ferai à vélo » avoue Arsène LIEBY qui allait ainsi offrir ses trois semaines de vacances à réaliser la « diagonale du fou » : 1 400 kilomètres et neuf départements dans les mollets où jouer à saute-mouton avec le canal du Rhône au Rhin, le Doubs et la Saône encore, le canal du Centre et la Loire aussi et la Dordogne enfin ; 1 400 kilomètres où s'amuser des montagnes russes des premiers contreforts du Massif Central et du plateau du Limousin.

Pour son odyssée menée par étapes de 100 kilomètres, – départ les matins vers 8 - 9 heures, arrivée au camping vers 17 heures – Arsène LIEBY ne partait pas complètement dans l'inconnu.
« J'avais déjà fait le Markstein et l'année dernière descendu en douze jours la vallée du Rhône jusqu'en Camargue, soit un millier de kilomètres. »

Reste qu'il y eut quand même des moments difficiles, « des moments de galère » comme écrit sur son blog où la famille, les amis suivaient leur héros. « La première semaine, que d'eau, que d'eau ! Surtout à Dôle. Un orage impressionnant sous la tente et sous les arbres où l'on repense forcément aux faits divers vus aux actualités télévisées. »

Mais finalement un juste baptême du randonneur voulu par le ciel pour tous les p'tits bonheurs à venir et à cueillir au fil de ses kilomètres de « départementales ».

Car, « que la France est belle » s'exclame Arsène qui aura là joliment révisé sa géographie : « il y a tant de sites remarquables que je n'ai malheureusement pas eu le temps de toujours vraiment apprécier. Des châteaux, des ponts romans, des églises, des villages… »

« et puis, il y avait les copines ! »

Entre tant de merveilles, on comprend bien que le bonheur balance. Et que l'ami Arsène a du mal à privilégier un coup de coeur.

Bravant les difficultés à glisser son « semi-remorque » dans la circulation urbaine, notre Huninguois aura quand même délaissé par moments ses « départementales » pour pénétrer la ville le temps de brûler des cierges (ça peut toujours servir) à la cathédrale de Limoges, revisiter l'histoire de Périgueux, dire sa tirade (en dialecte ?) à Cyrano à Bergerac ou confronter sa superbe bécane randonneur au grand bi du musée du vélo et de la moto à Marmande.

Au cours de cette échappée belle, notre Huninguois aura aussi fait des rencontres bien sûr, trop furtives sans doute avec d'autres randonneurs conquérants de l'inutile, comme lui, ou des jacquets illuminant telles des chandelles leur chemin de Compostelle, mais aussi connu des relations durables « avec des copines qui ne m'auront jamais lâché de tout mon voyage », des blondes, des blanches, des brunes, des couleurs chocolat, les vaches dans toute leur diversité, ruminant leur condition d'enclavées derrière leur clôture.

Et puis, il y aura eu ces imprévus au programme comme cet arrêt réflexe devant une cave de Monbazillac, histoire bien sûr de tester les freins du vélo mais aussi le p'tit blanc du pays, « un vin délicat et sucré qui m'a fait penser à certaines bouteilles de chez nous » et ce p'tit massage revivifiant aux thermes de Casteljaloux.

En avance sur son temps et son arrivée triomphale, le 22 août à Soustons, encadré par des membres du vélo-club local, notre randonneur se sera encore offert une gâterie, un crochet sympa par le bassin d'Arcachon le temps de comparer leurs moules frites avec celles des Ch’tis et de saluer ce beau château de sable qu'est cette dune du Pilat dominant l'Océan.

Bref, il en avait encore sous la pédale, notre Huninguois. Oublié le p'tit coup de pompe du côté de Montluçon.

« C'est vrai, un jour j'ai dû mettre pied à terre et pousser mon attelage pendant près de 10 kilomètres. Faut dire que certaines étapes avaient des dénivelés de 850 à 900 mètres. »
Au bout de ces 1 400 kilomètres, il ne retiendra pas non plus ces autres déboires : « ma remorque qui me lâche vers Périgueux, la casse de mon iPhone (tout neuf, un cadeau pour mon 60e anniversaire) et la panne de batterie » qui le coupèrent de sa base arrière huninguoise.
« Non ! Le plus difficile pour moi aura été de glisser tous les jours mon mètre quatre-vingt-dix dans ma tente mouchoir de poche. Quand j'y étais - ouf ! - j'essayais surtout de ne plus en sortir. »

Faudra donc penser à la changer. Car dans deux ans, (« pas avant ! » insiste l'épouse Violeta pas toujours bien rassurée) c'est le… rocher de Gibraltar : un projet qui rime avec malabar et qui, avec ses 4 000 kilomètres, fait joliment passer notre Huningue-Soustons pour une sympathique mise en jambe. Une… plaisanterie !







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