Rencontres avec des Huninguois[es]

Dany, ange gardien

Mars 2022

Carrière prometteuse de directrice des ressources humaines dans un service public, vie conjugale épanouie : Dany LAUTON s’intéresse mais sans plus aux violences familiales dans les années 70-80. En tout cas davantage que ce qu’en relate la presse, c’est-à-dire trois fois rien tant le sujet est alors tabou.

Quand un cas de violence, puis deux et même trois surgissent en peu de temps autour d’elle, Dany LAUTON considère tout le désarroi de ces femmes obligées de fuir en catimini pour survivre, sans aucun appui et totalement démunies. Le néant. L’aide alors apportée lui montre l’étendue des besoins à satisfaire. « Ces expériences m’ont amenée en 1990 à fonder avec quelques amies une association de soutien aux femmes battues. On s’était fixés quelques mois pour voir ce que ça donnerait… L’unique permanence n’a vite plus suffi : une cinquantaine de femmes ont été secourues la première année, le double la suivante et plusieurs milliers depuis sur la durée ! »

Dany LAUTONAujourd’hui la parole se libère enfin et révèle l’ampleur impensable des cas de maltraitance, dans notre cité comme ailleurs. Avec le recul comme irréfutable témoin, Dany exhorte encore et toujours les victimes à sortir de leur silence, le non-dit ne faisant qu’entretenir la violence. Elle le sait pour avoir été pendant vingt ans la directrice du centre d’hébergement Solidarités Femmes du Haut-Rhin qu’elle a créé et développé. Elle le sait aussi pour n'avoir jamais cessé son action bénévole, maintenant et entre autres au sein de l’association Entraide Femmes Huningue qu’elle a fondée et qu’elle préside depuis 2013.

Vouée corps et âme à la cause, la frêle Dany a mine de rien su bousculer son monde pour obtenir des moyens financiers, louer des appartements… : « sans ça, il est impossible de rompre de manière sûre avec un conjoint violent ». Elle avoue à demi-mot être aussi allée au bout d’elle-même ; une hanche qui lâche sans prévenir à la fin d’un pot de départ à la retraite fera d’ailleurs dire à son chirurgien qu’elle n’a autorisé son corps à se manifester qu’une fois la tâche accomplie ! De fait, outre une pugnacité notoire, Dany LAUTON déploie une rare endurance et une étonnante résilience.

« Rien vraiment ne m’arrête »

Les six convois humanitaires qu’elle a organisé en plein conflit à destination des camps de réfugiés de l’ex-Yougoslavie, en suscitant un incroyable élan de solidarité, illustrent ce tempérament hors-norme. Sur la route de tous les dangers, elle a frôlé le pire. Mais chaque camion est arrivé. « La première fois dans un camp à Zagreb, j’ai vu ce que je ne pouvais imaginer et immédiatement su que j’y reviendrai. Je lisais dans les yeux des femmes l’horreur d’une guerre où l’on violait systématiquement jusqu’aux enfants au nom de la purification ethnique. Les regards, le courage si impressionnant et la simplicité de ces femmes promptes à partager le peu qui leur restait m’ont touchée à jamais. »

Dire les violences faites aux femmes ou aux enfants reste pour Dany une campagne permanente. Par l’image, comme celles prises avec Christophe SCHIRMER en ex-Yougoslavie, ou en multipliant les prises de parole. Longtemps référente des pouvoirs publics sur les questions de violences conjugales, Dany a su profiter de chaque opportunité pour en parler, allant jusqu’à échanger à la télé sur ces questions avec Paul AMAR ou Yves CALVI à des heures de grande écoute.

Rompre le silence mais aussi repousser des préjugés tenaces. Dany se souvient du commissaire SIMON qui avait résolument pris part dans les années 90 à la lutte contre la violence faite aux femmes. « Son engagement a permis de faire évoluer certains comportements. Le meurtre par après d’une femme par son conjoint à Saint-Louis, malgré quatorze mains courantes déposées, démontre hélas qu’il reste beaucoup à faire ».

« Mettre des mots sur les maux »

Très soutenue à Huningue, notamment par le Centre communal d’action sociale, Dany LAUTON continue avec d’autres bénévoles d’écouter ou d’accueillir sans relâche une centaine de femmes par an – en temps normal car les demandes ont doublé pendant le confinement –, d’abord pour « mettre des mots sur les maux », ensuite pour réfléchir avec la victime afin de la protéger et d’agir. Cet accompagnement suit des règles précises et impose la formation préalable de chaque intervenante : « il permet à 80% des femmes qui viennent nous voir de s’en sortir ».

Sous l’impulsion de Dany, l’association Entraide Femmes Huningue donnent ainsi l’espoir d’un lendemain meilleur, sans violence, avec un vrai soutien pour se construire un futur, retrouver une identité, une estime de soi, et aussi soulager la peur des enfants. Une association qui comme sa présidente a fait sienne la maxime de Margaret Mead : « Ne doutez jamais du fait qu’un petit nombre de gens réfléchis et engagés peuvent changer le monde ».

Ce monde, Dany brûle à 75 ans de continuer à le découvrir avec Juliette, sa petite-fille. Car sa course folle, la famille forcément la partage d’un même souffle... Alain son mari, indéfectible soutien, et ses enfants se sont souvent retroussés les manches pour l’accompagner dans ses projets, comme tant d’autres avec eux que Dany a su convaincre !

+ Entraide Femmes Huningue 24h/7j : 07 81 90 56 20







» Retour à la liste

J'accepte explicitement l'utilisation de mes coordonnées pour si nécessaire me recontacter à propos de ma demande exprimée à travers ce formulaire. Les données seront stockées le temps de leur traitement.

(*) Champs obligatoires

J'accepte explicitement l'utilisation de mes coordonnées pour si nécessaire me recontacter à propos de ma demande exprimée à travers ce formulaire. Les données seront stockées le temps de leur traitement.

(*) Champs obligatoires