Rencontres avec des Huninguois[es]

Donal GARAFFONI : au bonheur de la Dunette

mars 2018 / par Jean-Louis Mossière

Donal GaraffoniIl aura vécu plus de 60 ans dans son HLM. Mais " je pars sans regret ! "

Il faisait partie du paysage, on le croyait éternel dans son quartier, on aurait pu l'inscrire à l'inventaire du 5 de la rue de l'Abattoir. Pensez… L'année où il y a emménagé, le Maroc et la Tunisie accédaient à l'indépendance et Rainier de Monaco épousait Grace Kelly. C'était en 1956. Cela fait plus de 60 ans qu'il habite cet immeuble. C'est dire les souvenirs entassés.

Mais en ce mois de mars, plus qu'une page s’est tournée, un roman s’est fermé.

Donal GAROFFANI a dit adieu à son 4 pièces et ses deux étages devenus quand même un chemin de croix pour Marguerite, son épouse mal voyante. " Je pars sans regret. Mon immeuble a tellement changé. Je l'ai connu autrement vivant. Imaginez, il y avait là une quarantaine d'enfants, tout le monde se connaissait, on y avait des amis, on partait les dimanches, ensemble, dans le Sundgau. Et puis, les décès, les départs… Aujourd'hui, on ne se connaît plus ; il y a tellement de mouvements parmi les résidants… Rien ne me retient ici ! "

 " Sans regret " donc et même " heureux "  tel Christophe Colomb, sur le départ, se réjouissant à la perspective de découvrir son nouveau monde. Son Amérique a lui est au 41 rue Joffre, point d'ancrage de La Dunette, la nouvelle résidence seniors.

 " Je repars à neuf "

Et pour ce départ, le couple a fait léger, sans surcharge inutile, sans ce buffet en merisier ou cette commode en bois de rose qui ont eu leur part d'affection mais… " Je repars à neuf avec des éléments pratiques. Et j'achète une tablette pour mes recherches sur Internet ". Il emmène quand même avec lui bien des souvenirs, des anecdotes à raconter à ses futurs amis de La Dunette.

Raconter déjà, dans les années 20, l'émerveillement de ses parents italiens découvrant à moto, et du haut de Saint-Louis , la ville de Huningue avec la Forêt Noire pour toile de fond.

" C'est là que je veux m'installer a dit mon père, Silvio. " Et l'ouvrier de la sidérurgie de la Romagne se fit d'abord cordonnier avant d'ouvrir une épicerie italienne puis de se faire négociant en vins. " Je vois encore mon père, harnaché, peinant, soufflant, descendre ses fûts de vins dans la cave de ce commerce rue des Boulangers où je suis né en 1930. "

Raconter aussi sa scolarité à Huningue, puis à Saint-Louis, au collège technique pour un CAP d'ajusteur puis de dessinateur industriel et le BEI ; narrer surtout ses exploits sportifs.

" En basket, j'étais si bon que j'avais intégré l'équipe de Huningue. Lors de sa dissolution au départ du responsable, M. Bohly, nous avions organisé un tournoi. En finale, nous avions écrasé l'université de Bâle. Et j'étais tellement euphorique que j'ai piqué un sprint sur l'arrête du parapet du pont du canal. "

Aux nouveaux amis de La Dunette, Donal n'oubliera pas d'évoquer 1939, les Landes, ses nuits dans les gares, dans la paille, ce caméraman des actualités cinématographiques le filmant assis sous une ombrelle et surtout cette image qui le hante." J'avais neuf ans et une bonne camarade de jeux à Soustons. Et j'ai toujours devant moi son visage chagrin, le regard interdit de cette fillette de 8 ans qui s'éloigne sans un mot quand je lui annonce que je rentre à Huningue. "

Et après, il y a encore à raconter. Déjà ses quatre années sous la coupe d'un maître d'école nazi." Un officier de la Grande Guerre venu dresser les Alsaciens. J'en ai reçu des coups de canne sur les mains, j'ai eu une oreille décollée. Tous les matins on avait droit à une séance de propagande. " Ensuite, la chute de cette bombe incendiaire : "oui, par l'aviation alliée. Sur l'usine Les soieries de Berne. Je l'ai vue tomber. Et j'ai filé à la cave. Il y a eu un mort."

L'épisode de la libération devrait plaire aussi à La Dunette. " Huningue, sur la ligne de front, ça bombardait ferme. Ma famille s'était réfugiée à la maison des douanes. On s'est retrouvé avec des militaires français, une section des transmissions. On a sympathisés. Et le chef Boudjhali est revenu me voir, rue de l'Abattoir. Lors des négociations d'Évian. C'était un cousin de Ben Bella. "

 " Je vis plutôt déconnecté  " 

Et puis, pour émouvoir les cœurs tendres de la résidence des seniors, il y a la rencontre de celle qu'il épousa en 1956. " C'était en rentrant de mon service militaire. 18 mois dans une unité de réparation du matériel. Malade, je me suis retrouvé à l'hôpital de Bâle. Et il y avait là une aide soignante… Enfin, c'était Marguerite ! " Qui lui a donné son cœur, comme dans la chanson. Et trois enfants.

" Aujourd’hui je vis plutôt déconnecté de la vie locale. Les transformations de la ville, les réalisations nouvelles, je les découvre bien souvent qu'une  fois sur le terrain. "  Et celle de La Dunette qui l'attend le soulage et le réjouit. " Plus de courses à faire et le Rhin tout à côté." Ah, ce site, il connaît bien. Il y a très longtemps, il y faisait des découpages, des dessins. Peut-être y jouait-il à la dînette ? Donal, alors enfant de 5 ans, faisait ses premiers pas dans la vie à l'ancienne garderie des bords du Rhin.

De la dînette à La Dunette, depuis le 15 mars, la boucle est bouclée.

Jean-Louis MOSSIÈRE







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