Rencontres avec des Huninguois[es]

Les époux GERWILL : un duo d'école

juin 2016 / par Jean-Louis Mossière
Il y a 30 ans, Joseph, comme directeur, et Françoise, comme professeur, mettaient en musique l'école de l'Académie des arts.

Les époux Gerwill« De la musique avant toute chose » chantait Verlaine. Oui mais aussi, à quoi tient une vocation de musicien… À l'écoute d'une cascade de notes cristallines échappées d'un adagio de Mozart, à la communion aux accents sacrés et tout de solennité de Bach, au spectacle de virtuosité d'un Paganini ou au… diktat d'un père drapé dans une toute autre époque ?

« Tu seras instituteur, secrétaire de mairie et organiste m'a dit alors mon père. Et il n'y avait pas à discuter » se rappelle Joseph GERWILL. Le père (Lucien) était directeur de chorale à Village-Neuf. Et il emmenait le petit Joseph au… bistrot, le lieu de répétition où il y avait un piano. La musique et – mieux ! – l'association locale, cet espace de vie : « c'est cela le plus important » disait encore le père. Joseph a attrapé le virus (pas du bistrot mais de la musique), pris des cours auprès de l'ancien directeur d'école et organiste de Huningue, fréquenté dès 12 ans le conservatoire de Mulhouse, joué dans la Musique du 15/3 de Strasbourg en Algérie, puis est monté à Paris suivre d'autres écoles, à la Sorbonne et ailleurs… Avec aussi un rien d'esprit bohême : « je fréquentais alors les cours qui m'intéressaient ». Ceux qui l'ont connu il y a quelques années parlent d'un « libertaire, rebelle à s'insérer dans l'institutionnel ». Il s'insurge encore aujourd'hui contre une certaine « froideur administrative ». Et bien qu'organiste et claveciniste, il n'anime pas les paroisses. « Quand c'était de la grande musique, au temps béni du grégorien, alors là, oui ! Mais aujourd'hui, ce n'est plus que de la chansonnette ! » lance-t-il en point… d'orgue.

« …si j'étais d'accord pour ouvrir une école ? »

Un père pianiste, une soeur violoniste, un frère organiste… Françoise, à Saint-Louis, ne pouvait que suivre ce mouvement allegro de la famille. « On m'a dit : tu feras du piano ; j'ai suivi des cours à Huningue. » Et puis, la pratique de l'orgue l'a titillée. Des cours étaient donnés sur l'orgue Kern de l'église St-Louis à Saint-Louis. Le professeur était un certain Joseph. « Un hasard n'est jamais perdu » disait Marcel Aymé. C'est comme cela, qu'à la fin des années soixante, la musique les a réunis pour un duo tout d'harmonie. Françoise et Joseph, un duo à qui l'on doit aussi les premières notes de l'école de musique de l'Académie des arts de Huningue. C'était en 1985, sous le mandat de Charles MULLER. « Je donnais des cours aux enfants de Béatrice NASS, conseillère municipale. Celle-ci m'a demandée si j'étais d'accord pour ouvrir une école de musique explique Françoise. On a commencé à deux en intégrant aussi nos élèves privés. » Soit 35 élèves au total, logés dans deux salles du bâtiment du CACL, et une demi-douzaine de disciplines tout au plus : flûte à bec, piano, chant choral, solfège…

« C'est nous qui nous adaptions pour les horaires »

Une autre planète que celle de l'école de musique aujourd'hui avec ses 246 élèves, ses 24 enseignants, sa vingtaine de disciplines enseignées et ses divers ensembles constitués dont certains merveilleusement atypiques. Un autre mode de fonctionnement aussi à écouter nos deux pionniers. « Pour l'école, il n'y avait pas de jours fixes. Au début, on venait le soir, de Mulhouse, en tenant compte des possibilités des élèves, de la disponibilité aussi des parents. C'est nous qui nous adaptions pour les horaires. Et puis, progressivement, pour répondre au succès, j'ai fait appel à mes amis, des musiciens compétents pour étoffer le corps enseignant raconte Joseph GERWILL, qui a la nostalgie de l'ambiance d'alors. À une époque, on faisait des sorties à Paris pour des concours nationaux. Avec les parents. À notre arrivée, l'après-midi, on répétait en studio, le soir on allait au théâtre, le dimanche était jour du concours qu'on terminait le soir au resto et le lundi ouvert à la découverte de la capitale. » Paris joué sur toute la gamme.

« Et il y avait encore tous les ans notre participation au festival de harpes à Arles » ajoute Françoise vouée à cet instrument des anges. Ses plus beaux souvenirs à elle vont aux spectacles que donnait alors l'école tous les deux ans à la salle Plasco. « Tout le monde s'y mettait, les profs, les parents, les élèves, des bénévoles. On avait le soutien de la mairie, on louait les costumes mais il y avait beaucoup à faire : l'habillage et l'aménagement de la salle, la scène, l'éclairage, la régie… » Joseph : « les enfants étaient emballés ; ils voulaient remettre ça ! Il n'y avait pas encore l'informatique et tous ces jeux vidéo. L'ambiance aujourd'hui n'est plus la même… » 

« Je ne m'arrêterai jamais ! »

Les locaux, les programmes, les effectifs… L'école a grandi, s'est étoffée, rayonne autrement. « C'est vrai, c'est pas comparable. Mais on n'oublie pas cette époque » avoue Françoise. Joseph, lui, bruscamente animato, s'en prend aux conservatoires en pensant à ses deux enfants qui ont reposé leur violoncelle et leur flûte traversière. « Écoeurés par le système d'enseignement. C'est crève ou marche aujourd'hui ! » commente-t-il. Françoise, moderato, explique que, s'il est important de communiquer le goût de la musique, « il ne faut pas y mettre une trop grande rigueur. »

Reste que notre couple de pionniers vit toujours sur le mode amoroso avec ses instruments. Ainsi, ils sont partis et reviennent con allegrezza de « Harpes au Max », le festival international en Pays d'Ancenis où Françoise s'était produite, il y a quatre ans avec son ensemble de harpes. Et elle est toujours enseignante à l'école de musique de Huningue et donne des cours d'éveil musical à l'école primaire de Village-Neuf. Son mari, lui, a dû abandonner son poste de directeur. Le couperet est tombé à 65 ans. Mais il continue d'enseigner, à Kembs, à Village-Neuf… « Je ne m'arrêterai jamais ! » À 76 ans, non, Joseph n'en a toujours pas fini de sa partition.

Jean-Louis MOSSIÈRE







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