Rencontres avec des Huninguois[es]

Ilyes TEBBANE : le théâtre m'a donné confiance en moi

septembre 2019 / par Jean-Louis Mossière

Par amour pour le ring et la boxe, il est monté sur scène. Et… « Comediante ! Tragediante ! », il a chopé le virus.

Imaginez Thalia et Melpomène, les muses de la Grèce antique, être obligées de « chausser » des gants de boxe pour avoir le droit de donner libre cours à leur passion de la comédie et de la tragédie. Impensable ! Ilyes, pourtant, a fait ce chemin. Mais dans l’autre sens. Du théâtre pour avoir le droit de… boxer. Oui, c’est sa passion pour le noble art et le ring qui l’a poussé à monter sur scène.
Ah le sport et la boxe, ce qu’ils ne vous feraient pas faire ! Faut comprendre aussi qu’avec un père, Kamel, professeur de boxe à Mulhouse, notre jeune huninguois, ne pouvait, forcément, qu’être attiré par le ring.

« La question ne se posait même pas »

« Déjà tout petit, j’ai baigné dans ce milieu. Le sport, la musculation, les exercices au sol, les pompes… La boxe ? La question ne se posait même pas. Il était évident d’en faire. Sauf que ma mère m’a dit d’accord pour la boxe à condition que je mène à côté une activité artistique ». Un esprit sain dans un corps sain selon le sage et salutaire principe de Juvénal, le poète satirique romain. Luisa, bonne mère, a quand même laissé le choix à Ilyes entre la musique, la danse, le dessin ou le théâtre.

« Et j’ai choisi le théâtre. »

Et chopé le virus ? « Oui, de suite j’ai adoré. Au point de regretter de n’en faire qu’une heure par semaine. J’en aurais aimé bien davantage. » Faut dire qu’Ilyes avait des dispositions.Il se dit que tout jeune déjà, il faisait le comique à la maison et que certains enfants l’appelaient le clown. « J’aimais me déguiser dans les vêtements trop amples de papa. Ma mère me soutenait. Encore aujourd’hui d’ailleurs ! Pour le théâtre, je répétais mes répliques avec elle qui me donnait des conseils pour porter la voix, soigner l’attitude, développer la gestuelle et l’éloquence. »

Le tout dans des rôles empruntant tout à la fois au répertoire   classique comme Shakespeare ou à celui du théâtre contemporain. « Mais j’apprécie aussi beaucoup l’improvisation et les rôles de composition ». À l’école de théâtre du Triangle de Huningue, où il est entré à 8 ans, Ilyes avait le beau rôle. « La troupe, c’était un groupe de 15 jeunes dont une grande majorité de filles. Et vu que j’étais un garçon, je pouvais choisir mes rôles. Et je jouais aussi plus souvent. »

 « Le harcèlement, il faut en parler »

Des feux de la rampe, des planches donc à la caméra, il n’y a souvent qu’une belle… opportunité à saisir. Ainsi son rôle, l’an dernier, dans « Le Jour où j’ai brûlé mon cœur » le film de Christophe Lamotte. « C’est ma mère qui a joué les managers. On a été appelés par le producteur pour le casting, des rôles d’improvisation, des scénettes pour beaucoup inspirées de séries américaines ; Il y avait une cinquantaine de candidats ; ils ont été séduits et j’ai accepté le rôle du méchant. » Ilyes y joue Mamadou, un jeune harceleur (mais «repenti» tient-il à préciser), un sujet qui lui tient à cœur pour avoir assisté un jour dans un bus à l’agression d’une jeune collégienne. « Je pense qu’il ne faut pas hésiter à parler de ce problème. » Aussi Ilyes aimerait que ce film soit diffusé dans les lycées, les collèges et les écoles « car nous sommes tous concernés ».

De ses trois semaines de tournage en juillet, notre jeune Huninguois garde de bons souvenirs.

« Michaël Youn m’a dit : tu iras loin »

« Même si je rentrais fatigué tous les soirs à l’hôtel. Les vedettes du film étaient sympas avec les jeunes, nous donnaient des conseils. Michaël Youn m’a dit : toi tu iras loin ». Et suite à la projection du film (diffusé en novembre dernier sur TF1 et TFX), les réactions dans l’entourage n’ont pas manqué. « Au lycée, il y avait des bruits de couloir à mon passage ; des camarades jaloux, mais aussi des amis qui étaient contents et qui m’ont félicité. Un article qui m’était consacré a même été affiché au CDI. »

Et le chauffeur du bus l’a gentiment chambré en lui lançant un « alors, la star a bien dormi ? »
Ilyes a malheureusement dû laisser tomber le théâtre pour se consacrer à ses études. Et réussir brillamment son bac section STMG (sciences et technologies du management et de la gestion) au lycée Mermoz de Saint-Louis.

Dans la vie professionnelle, il se verrait bien dans le rôle de directeur de marketing. « Et j’aimerais vivre aux USA, un pays vaste et de liberté où la mentalité des gens me semble plus ouverte. Je suis très extravagant et aime tout ce qui est grand. Mon père, qui est très protecteur, n’est pas très chaud pour que j’y aille. Il faut le convaincre. Ma mère est plus ouverte et veut avant tout notre bonheur. »

Mais pour l’heure, son Amérique, c’est Belfort et la section « commerce international » du lycée Condorcet. Et sans doute le théâtre à nouveau.

« Oui, j’aimerais bien reprendre. Petit j’étais plutôt d’un naturel timide, emprunté et coincé devant les gens que je ne connaissais pas. Le théâtre m’a donné plus de confiance en moi. Maintenant prendre la parole devant des centaines de personnes ne me pose plus de problèmes. »

Jean-Louis Mossière







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