Rencontres avec des Huninguois[es]

Jo SPIEGEL, l'enfant de Huningue

novembre 2019

L’emblématique maire de Kingersheim, pionnier de la démocratie participative, n’a rien oublié de son enfance huninguoise.

Rien oublié des Bobet, Coppi ou Anquetil en zamak se disputant la victoire à grands coups de chiquenaudes dans les capsules ou des parties de foot sans fin sur le petite pelouse de la rue du Fossé. Ni des copains d’alors, Marc, Daniel, Gilbert et Patrick, entre autres, avec qui il inventait toutes sortes de jeux extraordinaires.

« Une enfance très heureuse » aussi avec ses quatre frères et sa sœur, « formidable fratrie » très tôt habituée par ses parents à donner le meilleur d’elle-même.  « La famille était notre colonne vertébrale ; je lui dois mon socle éducatif, avec le respect comme approche centrale, fortifié dans ma communauté qui s’organisait autour du quartier et de la paroisse ».

« Pas de télé mais jamais l’ennui »

Des parents qui très tôt apprennent l’engagement au petit Joseph. Déjà comme servant de messe… « Quand j’allais le matin à l’église Christ Roi avant l’école, à jeun pour communier, ma mère me donnait 50 cts pour acheter un petit pain à la boulangerie Miclo, à l’angle de la rue du Nord. Pour vite rentrer à la maison, je traversais la voie ferrée, sous les wagons, sans être vu de mon père alors chef de gare ! » Sans doute le rythme soutenu des journées dans ces années 50 a-t-il donné le souffle que l’on connaît au maire de Kingersheim. Un souffle développé par la course à pied au collège Don Bosco, puis à l’IPES de Nancy où l’athlète de demi-fond devient professeur d’éducation physique et sportive.

Ce virus de l’engagement contracté à Huningue, Jo SPIEGEL le doit donc à son père cheminot, gaulliste démocrate-chrétien longtemps conseiller municipal sous le maire Joseph Bonnet. Contrepied du fils devenu étudiant, c’est à gauche qu’il s’engage, d’abord comme militant à l’UNEF. Peut-être a-t-il alors en tête « la vision plus transformatrice » de sa mère ? Il fait en tout cas siennes les valeurs par l’un et l’autre inculquées, « des valeurs humanistes, qui rassemblent et transcendent les clivages politiques, des valeurs qui appellent à solliciter de meilleurs citoyens ».

Si ces années militantes sont celles de l’enthousiasme sur tous les fronts, elles sont aussi l’amorce d’une quête de sens qui accompagne toujours l’homme, au-delà de l’homme politique, « le sens de la vie, le sens de l’autre, le sens du commun ». Une quête intimement spirituelle, n’éludant pas la question du rapport au pouvoir au sujet duquel les mots d’Hanna Arendt lui disent tellement : « le pouvoir naît quand les hommes travaillent ensemble. Il disparaît lorsqu’ils se dispersent ».

« La démocratie doit être lente et partagée »

Pendant 30 ans comme maire de Kingersheim, entre autres mandats, l’enthousiasme de Jo SPIEGEL n’a guère fléchi. Seule la temporalité a évolué. « La démocratie aujourd’hui se résume essentiellement à l’élection qui souvent se cristallise sur des enjeux partisans dont on se défie de plus en plus. Or la démocratie doit être lente, exigeante et partagée. Les conseils participatifs que nous avons ici créés nous engagent sur la durée d’une démarche. Les décisions qui s’en suivent sont le fruit du débat entre les habitants, les élus et les experts ». Ainsi la démocratie participative suscite-elle la citoyenneté.

Appliquée à une quarantaine de projets ces dix dernières années, avec des centaines de citoyens mobilisés, la méthode fait de Kingersheim un laboratoire très observé. « Elle diffère fondamentalement de la relation quasi fournisseur-client d’une réunion de quartier classique. Chacun est invité à s’approprier le projet et ses enjeux, à en prendre sa part. Ce temps d’expression, de questionnement, de suggestion aussi, précède et nourrit le conseil participatif dont le rôle est de fertiliser les différents points de vues ». Faisant écho à « l’imagination mobilisatrice » introduite par le philosophe Paul Ricœur, ces conseils citoyens forment au global « un écosystème, un continuum démocratique, chaque séquence représentant une phase décisive avant la phase décisionnelle ».

« Un ‘nous’ collectif et solidaire »

Aucun doute cet écosystème transcende, autant qu’il rivalise avec l’individualisme, le repli sur soi en investissant « un ‘nous’ collectif et solidaire plutôt qu’un ‘je’ singulier ». Mais cette formule en coresponsabilité a ses exigences, pour les élus, leurs équipes et qui s’y engage. Déjà car chronophage, ensuite pour les savoir-faire et les savoir-être qu’elle requiert. À cet égard, « l’université populaire aurait du sens comme vecteur d’une ingénierie démocratique, notamment auprès des élus ».

Des projets références à l’image du Créa, de l’Espace Tival, de l’association des Sheds ou de l’épicerie solidaire… Des dizaines d’initiatives instillant une métamorphose démocratique avec pour creuset la Maison de la Citoyenneté… Improbable pourtant que Jo SPIEGEL les revendique en quittant ses fonctions de maire en mars prochain, convaincu « qu’agir est une aventure humaine avec l’idée qu’on n’est jamais propriétaire de ce qu’on fait ».

« Huningue conserve toute sa singularité »

Et la rue du Fossé, cinquante ans après ? Jo SPIEGEL voue toujours un amour non feint pour Huningue. Il y revient régulièrement « comme en pèlerinage », avant tout pour se recueillir, avec une émotion palpable déjà d’y penser. Après pour profiter de sa ville natale, « une belle ville, avec le Parc des eaux vives et sa place Abbatucci, qui s’ouvre aujourd’hui sur le Rhin. Son évolution lui ressemble, sans trahison de son histoire. J’apprécie cette fidélité à la mémoire et sa projection dans l’avenir. Et – clin d’œil aux petites rivalités de clocher d’hier – Huningue conserve toute sa singularité dans l’agglomération des Trois Frontières… Elle n’a vraiment pas à rougir de Saint-Louis » !

Alors si un jour Jo SPIEGEL vous parle à Huningue de « Place publique », entendez place Abbatucci !







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