Rencontres avec des Huninguois[es]

Louis SCHOLLER : un public à lui tout seul

octobre 2015 / par Jean-Louis Mossière
Louis SchollerQu'il pleuve, vente ou neige, il ne manquait jamais une séance du conseil municipal. Pour ces débats, notre septuagénaire sautait à vélo ou prenait le… taxi. Il était souvent l'unique auditeur. Louis SCHOLLER, aujourd'hui disparu – qui avait ce rôle de citoyen à cœur – nous avait raconté son intérêt pour ces soirées. Souvenir…

Ce soir comme tous les soirs de séance du conseil municipal de Huningue, il sera là, bien sûr, les bras croisés, tassé dans sa chaise et prêt derrière ses lunettes à affronter deux heures de travail avec ses amis les élus.

Et, comme toujours, le maire René MOEBEL, à l’autre bout de la salle, ne manquera pas de le saluer au micro comme « son auditeur préféré ». Un rite, presque un jeu convenu avec l’intéressé mais qu’en vieil habitué, celui-ci saura accueillir dans une superbe (fausse) indifférence. En tout cas sans aucune gloriole. Et pour cause … Comme toujours aussi (ou presque) il sera seul au milieu des chaises réservées aux auditeurs. Il est le public à lui tout seul.

« Bonjour Louis. » « Ça va Louis ? « Et la santé ? » …

Bien que non élu, Louis SCHOLLER fait presque partie de la famille du conseil. Depuis le temps … Au fait, depuis quand ?

« Pfuut ! » L’intéressé avoue avoir oublié. « Depuis l’ère Étienne MARTIN peut-être bien … »

« Depuis sa retraite c’est sûr - affirme Marie-Louise son épouse. Avant, il n’avait pas le temps avec son travail chez Ciba-Geigy où il faisait les 3x8. »

La retraite, c’était il y a quatorze ans. Donc Louis terminerait là son troisième mandat d’auditeur. De quoi offrir un certain recul pour apprécier les hommes qui dirigent sa commune.

« Avec Étienne MARTIN, j’étais bien copain. Il n’était pas mal mais il faisait attention aux sous. René MOEBEL, j’aime bien aussi. Mais il est plus fonceur. S’il dit qu’une chose doit se faire, alors cela se fait. On sent qu’il a été enseignant. Mais je me demande bien où il cherche tout cet argent. Louis BOURGEOIS, il est pas mal non plus. J’aime bien aussi Marie-Claire MEYER, Andrée MEYER et Jean-Paul GASSER. Mais la dernière fois, il n’était pas là. Il était malade. »

Le taxi : un billet de cinéma

Louis SCHOLLER, lui aussi, a été malade. Son asthme. Et il a raté quelques séances. Le mois dernier, cela allait mieux. Mais avec la nuit qui tombe plus tôt, l’humidité et ses problèmes de cataracte encore, Marie-Louise lui a interdit de prendre le vélo. « Alors j’ai pris le taxi. Et après la séance, j’ai retéléphoné au taxi pour rentrer. C’est pratique le taxi. Il me dépose directement à l’entrée derrière mon immeuble. Et le taxi de Huningue, c’est pas cher. »

Une course aller-retour de son domicile de la rue du Marquis de Puisieux à la mairie, avec le pourboire, tout calculé, c’est guère plus cher qu’une place de cinéma. Et le conseil, c’est du spectacle aussi ! Il y a de bons et de moins bons scénarios vous dira Louis.

« Je regrette le temps où il y avait une opposition. Là on a un peu rigolé ! Mais maintenant, je ne peux pas critiquer non plus. En général je suis d’accord avec ce qu’ils décident. Ça coûte – dit-il en frottant son pouce sur son index. Mais ce qu’ils ont fait, il fallait le faire. Avant, il n’y avait rien. C’était zéro ! Le plus joli que j’ai vu ? C’est le Parc des eaux vives. On a de belles promenades maintenant. Le chemin le long du Rhin, c’est bien aussi. Et le Triangle ! J’ai vu la maquette. Et de ce que je sais de MOEBEL, cela va vraiment devenir joli. Avant il n’y avait rien. La salle Plasco, ce n’était rien pour une ville comme Huningue. »

On l’aura compris : ce que Louis préfère au conseil, c’est quand les élus discutent travaux et jouent les bâtisseurs.

Dormir ? Jamais !

Mais les chiffres, les comptes administratifs, les budgets … Avouons que l’on a vu « l’auditeur préféré du conseil » dormir sur sa chaise. Même s’il s’en défend. « Dormir ? Jamais ! Ou une fois, peut-être… » « Et c’est parce qu’il n’était pas bien ce soir-là » ajoute, complice, Marie-Louise.

Et ce devait être pour un budget sûrement. « Et puis aussi, leur adjoint aux finances, Jean-Marc DEICHTMANN, il parle trop vite » regrette Louis. On lui dira. Comme on leur dira de faire encore plus de travaux. « Les rues j’aime bien. Ces lampadaires tout rouges, c’est magnifique ! Actuellement, ils refont l’allée des Marronniers jusqu’au bistrot. Ça aussi, je veux aller voir. »

Et c’est Marie-Louise qui va se faire du souci. « Quand il part comme ça dans la ville, il ne rentre jamais. Il s’intéresse à tout ; il est au courant de tout. Alors, je lui donne des commissions à faire pour midi. Pour l’obliger au moins à rentrer vers 11 heures, s’il veut que la cuisson soit prête à l’heure. »

Ce soir à nouveau Louis sera de sortie. Marie-Louise est au courant. Son mari lui a dit l’autre nuit au lit : « il y a conseil municipal ; je l’ai lu dans ma loupe sur le journal. »

Marie-Louise, elle, regardera la télé. Et s’il pleut, Louis prendra le taxi, c’est décidé.

Il arrivera à l’heure dans la salle des séances. Quelques poignées de main de ses amis les élus … « Ça va Louis ? » Oui, ça va Louis.

Et Louis prendra une chaise au hasard. Comme toujours il aura le choix : il sera seul. Il se dira intérieurement que ce n’est pas normal, vraiment, ce désintéressement de ses concitoyens. Et puis les bras croisés, il écoutera le maire saluer « son auditeur préféré. »

Jean-Louis MOSSIÈRE







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