Rencontres avec des Huninguois[es]

Madeleine, la bonne mamie des Coccinelles

juin 2015 / par Jean-Louis Mossière
Madeleine Gangloff La bonne mamie des Coccinelles" J'aime les enfants. Je les attire et c'est réciproque " explique Madeleine GANGLOFF qui a vécu un quart de siècle de maternelle.

ATSEM, un sigle invraisemblable… 

ATSEM, un raccourci à rebuter les plus férus en SMS, un nom venu d'ailleurs, sorti des méninges fatiguées sans doute d'un énarque pour le moins, mais un nom qui cache des trésors d'attention, de patience et de tendresse envers nos tout petits.

Madeleine GANGLOFF a été ATSEM. Entendez Agent Territorial Spécialisé des Ecoles Maternelles. 25 ans durant. Et dans le même établissement. Des noces d'argent avec l'école des Coccinelles.

C'est une Bretonne, pur beurre (à galette) puisque native de Quimperlé. Et c'est par amour pour Jean-Claude, rencontré à mi-chemin de l'Alsace, en région parisienne, qu'elle abandonna son Finistère pour les bords du Rhin.

" En fait, j'ai d'abord été éducatrice-monitrice à l'IME de Sainte-Marie aux Mines rattaché à l'époque à l'hôpital. On est arrivés à Huningue en 1972, mon mari ayant trouvé du travail à Bâle. Puis nous avons vécu trois ans en Auvergne avant de revenir, en 1979, à Huningue. "

Mais sa vie d'ATSEM n'a commencé qu'en 1987.

Et c'est René MOEBEL, alors adjoint au maire chargé des affaires scolaires, qui lui a proposé ce poste à l'école Les Coccinelles.  

" Pourquoi j'ai accepté ? J'aime les enfants. Et ils viennent naturellement à moi. Une attirance réciproque. L'école dirigée par Mme BORDET vivait alors l'ouverture d'une cinquième classe. Je me souviens que tout n'était pas terminé pour la rentrée. Et nous avons vécu les premières semaines dans la grande salle commune. "

" Toute la classe m'appelait mamie "

En un quart de siècle (elle a pris sa retraite en 2012) Madeleine GANGLOFF, qui aura connu quatre directrices, fait tous les niveaux (" les petits, les moyens, les grands ") aura vécu encore d'autres premières et d'autres situations précaires :

l'ouverture des classes bilingues notamment ou l'extension de l'école nécessitant le repli de sa classe dans l'ancienne halte-garderie des bords du Rhin.

En 25 ans, elle aura vu passer l'enfant d'une de ses élèves dans sa classe et deux de ses petits enfants, Fannie et Gwenaëlle.

" Ils m'appelaient naturellement mamie. Et toute la classe m'a alors appelée mamie. "

On imagine bien des évolutions aussi dans la façon d'appréhender les enfants, dans les nouvelles réglementations…

" Je me souviens par exemple de l'interdiction de fumer dans les locaux. De la difficulté d'une maman à comprendre ce nouvel interdit. Et de la facilité alors d'une directrice à se retrancher derrière l'ATSEM pour le faire respecter. "

Le matériel mis à disposition des enseignants a bien changé lui aussi. Les poupées, les petites voitures, les garages ont fait place à des jeux éducatifs et à de grandes structures ludiques sur les aires de jeux.

" Le vrai changement ? Le photocopieur ! "

Un plus oui mais ce n'est pas ce que retient Madeleine

" En 25 ans, la nouveauté qui m'a vraiment marquée et amélioré notre vie c'est l'arrivée du… photocopieur. Avant nous avions ces appareils encreur et à manivelle qu'il fallait actionner à la main. On devait tout reproduire nous-mêmes, les dessins, les agrandissements le plus fidèlement possible. Oui, c'est le photocopieur ! "

Et on comprend ce soulagement dans le travail.

Car l'ATSEM c'est la femme orchestre de la maternelle.

A elle, la charge du rangement et de l'entretien de la classe et des sanitaires, de la préparation des ateliers manuels (trois à quatre par classe), la fonction d'épauler l'enseignant dans l'apprentissage de la lecture, de veiller à la propreté des enfants, de les dévêtir, de les habiller, de les surveiller… Et c'est pas toujours facile.

" Certains sont joueurs et se faufilent comme des anguilles.

Je me souviens encore du jour où un enfant avait disparu. On a cherché partout. Finalement on l'a retrouvé caché derrière une porte ; un soulagement mais on a eu des sueurs froides à ce moment-là. Chaque année, il y a toujours une angoisse de ce genre. "

L'ATSEM, c'est aussi la mamie aux gros câlins qu'attendent les enfants. Il y a les craquants, les plus durs… " Et il faut savoir, les écouter, materner son petit monde, sécher les grosses larmes de crocodile. Lors de la rentrée notamment. Mais pas seulement ! Une enfant a pleuré toute l'année durant. Je l'ai revue ensuite quand elle est passée au primaire. Et elle m'a dit, tu sais, j'ai encore pleuré au CP. "

 " Réagir par l'humour "

Autre qualité de l'agent spécialisé de l'école maternelle, la… diplomatie.

" Les parents ont tendance à intervenir plus souvent. Pour dire leur avis sur la façon d'enseigner, souhaiter que l'on mette les " bons " enfants ensemble, intervenir lors de petites bagarres… Il ne faut pas que les enseignants se laissent manœuvrer. Les parents doivent s'adapter. Et nous, ne pas être agressifs, réagir par l'humour et dans le sens du poil. L'idéal, c'est la confiance. S'il y a complicité entre parents, enseignants et ATSEM, alors là, c'est formidable. "

Bien qu'à la retraite aujourd'hui, Madeleine GANGLOFF n'a pas vraiment décroché.

" Un besoin moral et physique. Chaque semaine, je consacre encore une demi-journée à aider à la maternelle (pour l'accompagnement en sport ou le bricolage) et au CP (pour la lecture notamment). Et concernant les nouveaux rythmes scolaires, je remarque, oui, que les enfants sont plus fatigués, plus nerveux. Ils s'adaptent mais c'est plus lourd et plus compliqué. "

Jean-Louis MOSSIÈRE

 







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