Rencontres avec des Huninguois[es]

Marc GLORIUS : 3Land comme une oeuvre d'art

mars 2015 / par Jean-Louis Mossière
Marc GLORIUSPour façonner notre région " qui peut être un laboratoire pour une véritable Europe ", ce franco-allemand, amoureux du mouvement, en appelle aux poètes, aux artistes, aux personnes de sensibilité " qui ont une vision de l'universel pour innover et transmettre leurs talents ". 

" Comment bâtir sa ville, sa région, comment bâtir aussi la paix si on ne se connaît pas ? Et comment se connaître si on ne vit pas ensemble ? " interroge Marc GLORIUS qui, tel le furet du bois joli, a beaucoup couru, beaucoup vu. Couru les rencontres.

Des études en Allemagne, à Cologne (où il jouait les guides touristiques), en France, un bac international en Italie, au bord de l'Adriatique, le chemin de Compostelle et au-delà, jusqu'à l'Atlantique " à la rencontre de soi-même ", des vendanges en Bourgogne, la Bavière pour le travail et le karaté… " La vie m'a emmené."

Et le besoin d'apprendre aussi. " Rubens voyagea pendant 17 ans pour apprendre son art, les compagnons, les bâtisseurs de cathédrales, bougeaient eux aussi. À Trieste, au collège du Monde Uni, pour lequel j'avais une bourse d'étude, 57 nations étaient représentées : des Argentins, des Yougoslaves, des Hongrois… Une expérience pionnière à l'époque. "

Et le rêve d'un monde idéal ?

" Déjà une ouverture par l'intérêt porté à l'autre. "

Et c'était dans les gènes.    

" En Alsace, par amour "

Né à Essen, dans la Ruhr, le 9 juillet 1968 - " le jour de la fête nationale argentine, comme Jale Maria, ma compagne " - Marc GLORIUS est le fruit d'une union entre un père allemand, Ulrich, et une mère française, Yolande, enfant de la ville rose de Toulouse mais aux racines lointaines à chercher en Guyane, à Cayenne.

" C'est vrai, j'ai un parcours européen, déjà par mes parents. "

La vie a donc pris Marc GLORIUS par la main avant de le poser en Alsace, " par amour ".

Et d'abord dans le Sundgau profond, à Altkirch.

" J'avais créé là une entreprise de formation professionnelle ; du coaching, des cours de langue en collaboration avec le Greta pour des demandeurs d'emploi ; un enseignement que je voulais différent, avec du corporel, de la respiration par le biais de sorties dans les musées, des rencontres en Allemagne ; je voulais donner à la langue du concret ; cela dynamisait les participants. "

Installé depuis 2012 à Huningue, il anime à présent une école de langue allemande à Bâle à l'intention de personnels de l'industrie pharmaceutique, mais aussi d'architectes.

Donc citoyen de la cité Vauban désormais. Avec une vision pimentée au… poivre de Cayenne à faire tousser sa ville et sa région.

" Le citoyen est paresseux "

"On me dit qu'il y a là 75 nations représentées ; j'y vois aussi une fracture sociale et culturelle. C'est pas seulement que l'on ne se comprend pas, c'est qu'on ne voit pas l'autre. Dans cette région du coude du Rhin, il y a trois pays mais un million de réalités. "

Pour lui, le citoyen est devenu paresseux. " Paresseux car il a pris l'habitude de déléguer à des services qui le volent. Le citoyen doit redevenir souverain, se prendre en charge et créer quelque chose. Non pas imiter mais innover comme ce nouveau local Shakespeare qui marche parce que c'est nouveau. Chacun y trouve sa place, en bonne harmonie et dans une perspective généreuse."

Marc GLORIUS dit vouloir désormais son avenir ici, un lieu où il est heureux et  pour lequel il rêve de douceur.

" Mais j'y voudrais plus de mouvements, que la vie publique se développe sur la place Abbatucci, qu'il y ait par exemple 5, 6 Shakespeare, que ce soit cool, qu'un flux se forme  et contribue à la formation de ce 3Land. Tout est là ! Le potentiel. Mais cela paraît bloqué car le cadre de pensées est figé. L'Europe peut se créer à la condition que les ombres du passé soient moins lourdes. "

Selon lui, 3Land peut être ce laboratoire pour la création d'une véritable Europe.  

"Mais il y a encore beaucoup de travail. La vision plus réaliste aujourd'hui serait plutôt celle d'un dortoir, celui d'expatriés venus pour le travail. Mais on veut contribuer à avancer."

Marc GLORIUS avoue avoir encore la fâcheuse impression de la présence là " comme d'une forteresse dans l'invisible. Je souhaiterais la contribution de poètes, d'artistes, d'hommes et de femmes de talents qui aient une vision de l'universel ; c'est la source. "

" Nous devons avoir le sens de l'éthique "

Et notre citoyen de l'Europe de s'enflammer : " la réflexion sur 3Land doit porter sur une œuvre d'art. L'art se nourrit de sensibilité. Il faut créer là quelque chose de vraiment unique pour nos enfants ; les échanges doivent être à tous les niveaux avec nos voisins. On doit se dire que l'on vit ici parce qu'on l'a choisi, parce qu'on y a un rêve et qu'il doit être complet et non pas qu'on subit d'être là. Il faut que ceux qui ont une passion la transmette ."

Avec Jale Maria, sa compagne versée sur le théâtre, Marc GLORIUS projette de mettre l'Europe sur scène, des figures illustres qui ont vécu cette région (les Jung, Vauban, Nietzsche, Erasme…), mais aussi des gens du coin, dans des dialogues qui mêleraient fiction et interrogations sur notre région.  

" 3Land est une région pluriculturelle, une richesse. Il y a le Rhin ; c'est une force. Nous sommes des rhénans, devons avoir le sens de l'éthique. La construction de 3Land doit être dans les mains de visionnaires et non de boutiquiers."

Jean-Louis MOSSIERE







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