Rencontres avec des Huninguois[es]

Paul RONCARI : l'enfant rescapé de l'histoire

mars 2019 / par Jean-Louis Mossière

Ses années mouvementées de 1930 à 45 se lisent aujourd'hui comme un roman. Mais d'autres chapitres encore diraient son amour de la vie.

Il aura 92 ans au prochain muguet. Un âge qui rend justice à la vie et qui fait l'éloge de la lenteur, un âge aussi qui autorise à s'endormir paisiblement l'après-midi dans son fauteuil devant le son d'une télé poussé à fond. Pour sa famille, ses proches, il est l'aïeul attachant mais au cœur fatigué que l'on entoure, le vieil ami intéressant et désintéressé que l'on a plaisir à rencontrer.

Mais pour beaucoup qui ne l'ont jamais vu mais ont appris à le connaître dans ses écrits et entre les lignes, il aura toujours le cœur de ses années 1930-45 et restera cet « enfant de Huningue rescapé de l'Histoire ». Paul RONCARI leur a fait cadeau d'un livre témoignage de cette période qui démarre dans l'insouciance de l'enfance, se poursuit dans l'aventure de l'exode et se prolonge dans les horreurs de la guerre.  C'est là, truffé d'anecdotes décrites avec réalisme mais non sans humour parfois, un roman de la vie comme on en lisait jadis, un roman de veillées des chaumières. Ce fut d'abord une histoire « feuilletonnée » dans le journal L'Alsace et suivie avec intérêt par de nombreux lecteurs. Et c'est un livre à succès maintenant. Près de 550 exemplaires vendus à ce jour ; le best seller de la librairie Encrage de Saint-Louis. Plus fort que Sérotonine, le dernier ouvrage de Michel Houellebecq !

« J'ai cédé pour avoir la paix »

 Un autre, pour moins que ça, verrait se gonfler son « Je » d'une certaine importance  mais… « Non, je n'ai pas attrapé la grosse tête. Enfin, quand même, je vous mentirais si je vous disais que je ne suis pas content ». Et pourtant au départ, ce livre, ce n'était pas son truc. Offrir ainsi au public ses dessins et notes rédigées il y a plus de trente ans de cela, il n'y pensait pas vraiment. « J'avais 12 ans lors de l'évacuation. Tout était nouveau pour moi. Je prenais des notes pour passer le temps. J'ai d'abord fait ça pour moi. » Et comme devoir de mémoire à l'adresse des générations futures ? « Non, j'ai de suite remarqué que l'entourage n'était pas vraiment intéressé. Mais ma fille Paulette et ma petite-fille Carole m'ont incité, poussé à faire cette publication. Et j'ai cédé pour avoir la paix. »

 La paix ? Disons que la vie de Paul s'est un peu animée depuis. Il y a eu cette séance de dédicaces à la librairie, il y aura cette présence programmée au prochain Forum du livre de Saint-Louis et il y a tous ces petits gestes nouveaux, ces sollicitations… « C'est vrai. Des gens que je saluais dans la rue me serrent la main maintenant, se montrent plus gentils avec moi. Et j'ai toutes ces lettres qui m'arrivent de toute la France, ces appels au téléphone de personnes qui me questionnent et voudraient en savoir encore plus que je n'en sais. »

 « Rester actif, c'est le secret »

 À tous ces curieux, on aimerait, nous, leur parler de l'homme, de Paul, ce descendant de Vittorio débarqué en 1893 de Côme en Italie pour se faire embaucher comme teinturier à Weil, de Paul qui tient de son père Charles ce goût de la musique classique et de l'opéra, de Paul l'artiste facétieux qui peint sa montre bracelet pour meubler un vide dans un tableau au bouquet, de Paul le non-croyant qui va rechercher la quiétude des anges au profond des cathédrales, de Paul le lecteur des classiques français, de Paul l'architecte qui a dessiné sa maison (et les deux autres derrière), de Paul l'Européen pour la paix entre les peuples mais qui ne désarme jamais devant ses fourneaux et le plaisir d'un bœuf bourguignon… 

 « Il faut – dit-il – ne jamais s'arrêter, rester actif. » Et se montrer curieux de tout. Il suit l'actualité, les gilets jaunes, il n'est pas contre… « Mais je ne me vois pas participer, demander à mon époque, où je travaillais le samedi, un congé à mon patron pour défiler. Et il faut aussi que les rémunérations correspondent à l'effort fourni. Mais j'ai pour règle de ne jamais parler politique et religion, ce sont des sujets qui fâchent. » Dans sa vie active, commencée dès 14 ans en apprentissage, il aura connu une douzaine d'entreprises différentes et touché plusieurs métiers. « Oui, dans la chimie, chef d'équipe, chef des pompiers dans la chimie, à Bâle, à Huningue, à Muttenz, tourneur sur métaux aussi et responsable d'expédition… »

 « Le quart d'un tiers ? »

Certains parleront là d'instabilité, d'autres y verraient aujourd'hui un homme dans l'air du temps qui réclame souplesse et mobilité. Lui répond tout simplement par la soif d'apprendre. Un désir de toujours. Ainsi cette anecdote remontée de sa jeunesse et sa période d'apprentissage où Paul accusait, dit-il « un certain retard au niveau maths. On m'avait demandé combien fait le quart d'un tiers ? Vexé de ne pouvoir répondre, j'avais acheté un livre pour travailler la question. » On dit les natifs du gémeaux, comme Paul, doté de multiples facettes et d'un caractère ouvert capable de s'adapter à n'importe quelle situation. D'où sans doute cette confidence sur ses années 1930-45, cet aveu que « malgré tous ces événements traversés, oui, j'en garde quand même de bons souvenirs ».

En mai au Forum du livre à Saint-Louis, Paul RONCARI derrière son stand sera ouvert à toutes les questions. Mais ne lui demandez plus combien font le quart d'un tiers.

 Jean-Louis Mossière







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