Rencontres avec des Huninguois[es]

Peter SAUBERMANN : le cœur sur la main

novembre 2017 / par Jean-Louis Mossière

Dr Paul SAUBERMANN

Aujourd'hui à la retraite, le chirurgien de la main met bénévolement ses compétences au service des autres. «Une manière aussi d'être heureux.»

Son père Gérard était chirurgien ophtalmologiste à l'hôpital universitaire des yeux de Bâle, son frère Gérard junior, médecin dentiste et sa soeur (décédée) s'orientait vers la chirurgie plastique… «Dans ma famille, il n'y a que ma mère, Madeleine, secrétaire, qui était normale» commente avec humour le Huninguois Peter SAUBERMANN qui, formé dans l'orthopédie, aura poussé son expertise dans la chirurgie de la main et la microchirurgie. Une spécialisation… «cousue main» aux États-Unis puisqu’obtenue à Louisville dansle Kentucky (où est implanté le meilleur centre du genre) puis reconnue en Suisse après deux années à Zurich.

L'homme se veut modes te : «Étymologiquement, le chirurgien est celui qui oeuvre de ses mains : c'est un artisan». Après dix années à peaufiner ses formations entre les USA et la Suisse, «l'artisan» SAUBERMANN aura pratiqué pendant 29 ans son art, jonglant entre son cabinet privé et l'hôpital de Bâle pour les opérations. Et parmi les dégâts à corriger «beaucoup de blessures d'enfants qui mettent malheureusement les doigts partout».

Une tête assurément dans son métier et un être singulier dans la vie, détaché de toute fatuité, pour pratiquer l'humour et l'autodérision. «Le chirurgien orthopédiste possède la force d'un bœuf mais seulement la moitié de son intelligence» plaisante-t-il. Ou d'expliquer encore : «je ne dépends pas des applaudissements des autres. Quand j'ai opéré un doigt et que celui-ci reste tordu et ne bouge pas, je sais que j'ai échoué. Mais si le doigt est droit et bouge, c'est que mon travail a été correct». Tout simplement.

« Participer à la vie de ma cité »

Si Peter SAUBERMANN ne lit pas dans les lignes de la main, il lit la main qui souffre et qui peut traduire parfois d'autres troubles d'ordre psychiatrique. «Ainsi un collègue psychiatre m’a envoyé un jour un de ses patients pour que je l'opère.»

Domicilié à Huningue depuis 2004, Peter SAUBERMANN a souhaité obtenir la nationalité française. Et malgré tout son bagage, il a dû encore faire ses preuves pour devenir membre de l'Ordre national des médecins français : une étape voulue comme un atout pour faciliter sa naturalisation obtenue en 2011. «Mes collègues m'ont dit, sur le mode amusé, que c'était pour fuir les impôts en Suisse.» Amusant oui, quand on pense à tous nos compatriotes qui fuient notre régime fiscal ! «En réalité, je souhaitais être Français pour me rapprocher des gens, de mes voisins. Pour voter aussi et participer comme citoyen à la vie de ma cité. Et puis, j'aime les gens ici. Par rapport aux Suisses alémaniques, c'est le jour et la nuit. Par exemple, quand je souris à Huningue, on me répond généralement par un sourire. À Bâle, les gens mettraient plutôt un doigt sur la tempe pour signifier que je suis timbré !»

À Huningue on saluerait plutôt le dévouement de ce retraité de 76 ans, cet engagement peu commun à mettre bénévolement ses compétences au service des autres.

« Comment éviter le médecin »

«Le fait est que j'ai encore plus de travail depuis que je suis retraité. Je ne fais pas de publicité mais les gens viennent me voir à mon domicile où je donne gratuitement des conseils à des personnes en précarité, mais aussi à mes anciens patients de Bâle, où je leur explique comment se comporter pour éviter le médecin. D'autres, s'adressent à moi en se disant un peu perdus face aux divers avis ou préconisations qu'on leur donne.» Et Peter SAUBERMANN ne limite pas ses conseils à sa seule spécialité. Il apporte aide et recommandations pour le diabète, les problèmes de tension… «Et en tant que médecin, j'ai l'avantage d'avoir bénéficié de deux formations : celle suivie aux États-Unis et l'autre en Europe. Et je suis aussi des conférences en médecine générale à l'université de Bâle.»

Dans le domaine du bénévolat toujours, des collègues le sollicitent pour ses conseils d'expert et il confie encore modestement «jouer les bouche-trous» quand manque un assistant à l'hôpital Merian Iselin de Bâle, qui réalise le plus grand nombre d'opérations orthopédiques en Suisse. Enfin, il assure une fois par semaine à l'hôpital universitaire de Bâle des opérations sur des corps morts. «Oui, des cours pour une compréhension des appareils locomoteurs – mains, bras,
jambes, pieds – à des assistants qui se préparent à des examens d'anatomie pour
se spécialiser en orthopédie. Cela fait dix ans que je m'y attelle bénévolement. Mais toujours personne pour me remplacer.
»

« Servir, ma plus grande satisfaction »

Tout cet engagement dans le bénévolat, Peter SAUBERMANN, le voit comme un retour d'ascenseur. «Disons qu'au départ, je souhaitais par là remercier pour tout ce qui m'a été donné en formation aux États-Unis. Malheureusement, je n'ai pas pu le faire là-bas. Ici, c'est possible. Alors… Et puis, ce qui me donne la plus grande satisfaction, c'est vraiment servir. Ainsi pendant une semaine chaque été, je me rends à un camp de vacances en Suisse romande pour des handicapés de la vue. Je me fais guide et chauffeur pour les aveugles.»

Et d'ajouter : «cette notion du partage, c'est une manière aussi de se sentir heureux, non ?»

Jean-Louis Mossière







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