Rencontres avec des Huninguois[es]

Évelyne SIMON : la bonne nature

septembre 2018 / par Jean-Louis Mossière

Elle se dit « coupée du monde ». Et alors ? Dans son jardin de la rue du Rhône, elle fait moisson de p'tits bonheur.

C'est un îlot de verdure improbable, un village d'Astérix qui fait de la résistance le long d'une voie ferrée entre les façades d'alu et de béton des bâtiments des sociétés Diehl Metering et Bubendorff. 42 ares de chlorophylle où les estropiés de la vie, les chats martyrisés ou perdus tentent d'oublier leurs peurs et se sont passés le mot que la soupe est bonne. Où les abeilles butinent bio. Où les grenouilles n'ont pas à se colleter les barreaux d'une échelle pour nous dire une météo bidon. Oui un jardin extraordinaire de liberté où l'herbe folle et les graminées ne sont pas taxés de mauvaises graines mais tenus de haute lignée.

 On est chez Évelyne SIMON. « Je vis là en ermite » nous dit en riant la bonne hôtesse de cet oasis où l'on s'imagine en soirée tirer la table sous le parasol du feuillage et ne plus rien garder en tête hormis la chanson des oiseaux.  Un nid de guêpes s'est arrondi dans un angle de la pergola. Et déjà on se sent coupable d'avoir parlé de le détruire. « Elles ont le droit de vivre » nous répond la maîtresse des lieux.

« On m'a dit que j'étais Huninguoise »

Évelyne SIMON a fait toute sa scolarité à Saint-Louis, et dans son petit paradis, au 69 de la rue du Rhône (l'ancienne horticulture de ses parents), elle s'est bien crue Ludovicienne jusqu'à l'âge de… 60 ans. « Oui, jusqu'au jour où mon fils engageant des formalités pour la construction de sa maison tout à côté, j'ai appris qu'en réalité j'habitais à Huningue. J’y fais maintenant mes démarches administratives, le personnel de la mairie me connaît, il est sympathique. Et je suis heureuse d'être Huninguoise ! N'empêche, sur les GPS je fais toujours partie de Saint-Louis, ce qui fait que peu me trouve. » Hormis les chats bien sûr qui, depuis Mousse (son premier animal recueilli alors qu'elle avait 7 ans), ont toujours su trouver et sans satellite, « cette auberge du Bon Dieu où l’on peut entrer sans frapper ou montrer patte blanche. »

« J'ai toujours eu de la chance »

« Je n'ai pas eu une vie formidable mais j'ai eu une belle vie. » Faut comprendre là, peut-être, les désillusions d'un mariage et une activité professionnelle soldée par un train de vie modeste. Mais aussi, sur l'autre plateau de la balance, 4 enfants et 9 petits-enfants aujourd'hui qui font qu'il n'y a pas que les fleurs pour embellir son quotidien, même si celles-ci ont toujours fait partie de sa vie. Dès sa jeunesse, elle s'active dans l'entreprise horticole de son père, Max, et seconde sa mère, Cécile,  dans ses tournées en camion à travers le Sundgau. « Puis, très tôt divorcée, j'ai travaillé pendant 25 ans chez Ganzoni : un travail à domicile, de finition de tricotage, mené tout en servant les clients du commerce de mes parents et en préparant les bottes de légumes pour les tournées de ma mère. »

Une vie qui pourrait en chagriner plus d'un mais pas notre belle nature : « j'ai toujours eu de la chance. De petits revenus mais jamais de crédits. Et des enfants qui ont fait des études. » Et aujourd'hui, à 72 ans, Évelyne se trouve encore bien chanceuse « quand le matin je peux me lever, descendre les pieds du lit pour retrouver mon jardin ». C'est un plaisir et c'est un travail : « 5 à 6 heures par jour. Mon fils Serge s'occupe de la tondeuse et du broyage. Mais tout le reste, c'est pour moi. » Et il y a le verger encore, et les fleurs bien sûr, les fleurs des champs surtout qui jouent la bohème autour de la maison. C'est magnifique de foisonnement et… ça plaît. Serge l'a inscrite en 2013 au concours des maisons fleuries où elle s'est retrouvée en habituée du premier prix " Éco-fleurissement ".

 « J'ai un trésor »

Mais elle relativise ses succès : « je trouve qu'on ne partait pas tous avec les mêmes chances, Moi, j’ai de l'espace et d'ailleurs j'aimerais que mon jardin soit un lieu de rencontres pour tous ceux qui partagent ma passion ; on échangerait la semence, nos expériences… » Il y aurait là assurément de quoi discuter. Déjà du temps comme il va et… ne va plus. L'année n'a pas été clémente. « Il y a d'abord eu ces pluies battantes qui ont tout couché, ensuite ces grosses chaleurs. Et puis, je sens de plus en plus de pollution : les framboises s'assèchent du jour au lendemain, il y a des fleurs que je n'arrive plus à obtenir comme avant. » C'est là le constat d'une amoureuse qui voudrait toujours le plus beau pour celui qu'elle chérit. Et qui lui fait en retour la surprise parfois de beaux cadeaux.

Car pour peu que vous ayez comme elle la fibre nature, elle vous confiera un secret :  « j'ai un trésor, des orchidées se présentant en petites fleurs et dont les premières feuilles sortent au printemps. » Et pour peu encore que vous lui rendiez alors visite, elle vous les montrera dans son jardin qui comble tous les faux besoins. « Je vis sans  ordinateur, sans voiture et sans nécessité d'informations ou de voyages; je vis un peu ( passionnément ? ) coupée du monde » avoue cette adepte de la « sobriété heureuse » qui marche dans les plates-bandes du poète Christian Bobin quand il affirme  que « le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles ».

 Jean-Louis MOSSIÈRE







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