Rencontres avec des Huninguois[es]

René MOEBEL : le poumon vert de la cité

juin 2018 / par Jean-Louis Mossière

En amont de la rivière, il y avait eu tous ces nombreux  logements bâtis après la guerre et ces engagements au profit de la vie associative. Pour le maire honoraire, il fallait ce bol d'oxygène qu'est le Parc des eaux vives aujourd'hui. 

Mais qui a eu cette idée folle un jour d'inventer, non pas l'eau chaude (c'est fait), mais l'eau vive à Huningue ? Non ! Ne les montrez pas du doigt. Ce ne sont pas les membres de la municipalité. Mieux, le maire honoraire, René MOEBEL (alors premier adjoint), avoue même qu'à l'époque, ils n'osaient y croire. « Nous avions du mal à nous imaginer que ce site à l'abandon aux eaux glauques et encaissées entre deux rives de friches industrielles puissent devenir ce qu'il est devenu. Et je suis convaincu que si nous étions passés par une consultation de la population, il ne se serait jamais fait. »

Alors qui à la source de cette réalisation, qui s'est jeté à l'eau ? « C'est la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) qui en 1988 a pris contact avec le CADPA de Claude et Fernand LAMY, alors présidé par Lucien MICHEL, lesquels nous ont soumis ce projet de rivière. »

La CNR à la source

Mais René MOEBEL tient à remonter plus en amont. À rappeler aussi le contexte. « À  la fin de la guerre, la ville était détruite aux deux tiers. Et beaucoup vivaient dans des baraquements, dans une cité provisoire au bord du Rhin. Donc toutes les années qui suivirent, on a construit de nombreux logements, soigné les bâtiments publics. Puis, des opportunités se sont présentées avec le départ en 1978 du collège de la place Abbatucci (devenu le CACL), le rachat des terrains Plasco. On a pensé alors aux activités culturelles, sportives » rappelle aussi René MOEBEL, chargé alors de l'animation de la cité.

Bref, beaucoup de bâtis pour une petite commune comme Huningue. « Oui, un ban de seulement 286 hectares dont 100 déjà pour la zone industrielle sud et une cinquantaine pour la zone nord. Aussi, le maire Étienne MARTIN s'est de suite emballé pour cette idée de Parc des eaux vives. On était en période préélectorale et on  a vu la possibilité de réaliser là un poumon vert pour la cité. » Et commence alors le cheminement de cette réalisation qui ne fut pas toujours un long canal tranquille.  

« Nous avons visité deux réalisations : celles d'Épinal, qui ne nous a pas emballés, – trop de béton – et de Saint-Pierre-de-Bœuf où la rivière coule dans un milieu naturel. Et en 1990, un ingénieur est venu nous présenter un avant-projet sommaire. Entre-temps EDF s'était également mis sur les rangs. Mais le groupe de réflexion a retenu la CNR et le projet a été approuvé le 21 février 1991. »

Pas un long canal tranquille 

Approuvé mais pas à l'unanimité. « Non, les trois élus de l'opposition ont évidemment pris le contre-pied. Ils défendaient alors l'idée d'un parc mais pas d'une rivière. Leur idée était de buser le canal et d'aménager un grand espace vert par-dessus. On a même eu l'idée extrême d'une championne de canoë qui parlait là d'un pipi de chat et proposait de faire ce parcours sur le Vieux Rhin. » Une opposition qui chercha aussi à jouer les castors en tentant de monter un barrage administratif à cette rivière. « Lors de l'enquête publique, en octobre 1991, les trois élus de l'opposition ont déposé une lettre au préfet pour défaut d'affichage, argument jugé irrecevable. Finalement 8 personnes seulement se sont manifestées lors de cette enquête."

Et d'où cette conclusion toute personnelle du commissaire enquêteur en déduisant un peu vite peut-être que 6267 Huninguois étaient pour !

Et puis il y eut aussi en 1990-1991 des discussions pas toujours faciles avec VNF. « Au départ nous avions à faire avec le Service de la Navigation qui dépendait de la DDE. Et en cours de route ont été créées Voies navigables de France, ce qui changeait tout. » Un établissement public à la recherche de… liquide lui aussi. « Oui, on a tenté de nous imposer un droit d'eau d’un million de francs par an. Et puis, nous étions sur un site propriété de l'État. Finalement une concession a été approuvée en 1994 avec VNF.

Quant au travail sur le terrain, ce fut un chantier un peu pharaonique à l'échelle de Huningue. « Tout un travail auquel s'attelèrent notamment René MARAZANA, l'adjoint chargé du technique, mais aussi, pour les conseils techniques, Robert PLATT, entraîneur de l'équipe de France de canoë-kayak et Bertrand TILLY, entraîneur du CADPA. » On ne refait pas René MOEBEL qui oublie combien il s'est mouillé pour ses eaux vives sans parler de ses réalisations ensuite comme maire : la Timonerie en 1998, le Comptoir en 2007 et le gîte…

« Un espace de vie attractif »

Cette année, Huningue fête ses noces d'argent avec son parc des eaux vives ; 25 ans d'une vie bouillonnante  et heureuse. « Il faut reconnaître l'apport déjà au niveau social de cet espace de vie, son attractivité aussi avec ses 200 nouveaux logements en front de rivière. Peut-être que certains espéraient mieux au niveau des commerces mais il ne faut pas oublier aussi que notre ville reste enclavée. » Un PEV qui aura beaucoup fait néanmoins pour la notoriété de la cité avec une large reconnaissance dans le monde du canoë-kayak.

Et si une consultation populaire devait être organisée aujourd'hui à Huningue, c'est sans doute un plébiscite, façon anciens pays de l'Est, que recueilleraient ces eaux vives.

Jean-Louis Mossière    







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