Rencontres avec des Huninguois[es]

Rithya MONH : j'aime les contacts avec les gens

novembre 2018 / par Jean-Louis Mossière

Le responsable de l’agence Habitat de Haute-Alsace (HHA) de Huningue a à gérer l’arrivée d’une nouvelle population. Face aux problèmes, « le dialogue ».

« On m’avait décrit Huningue comme un petit village gaulois où tout se sait très vite. Avec unepopulation difficile, des quartiers chauds… Reste que si j’avais eu le choix, c’est celui-là que j’aurais fait. J’ai grandi dans ce genre d’environnement. J’y voyais un challenge. Aujourd’hui j’en souris. » C’est que Rithya MONH, qui a vécu jusqu’à 18 ans à Bourtzwiller, peut vous dire ce qu’est un quartier sensible. Et sans écarter pour autant les problèmes, il se risquerait même à parler d’un « environnement agréable. J’estime en tout cas qu’il n’y a pas ici de quartier chaud ».

 Il faudrait aussi parler de la tragédie de sa famille, de ses racines au Cambodge, de ses parents, tous deux réfugiés politiques, qui se rencontrent en France après avoir échappé au génocide commis par les Khmers rouges et fui le régime communiste.

 « C’était à la fin des années soixante-dix. Peu après l’épisode des boat people. Ma mère a mis trois mois pour traverser l’Asie et l’Europe avant de s’établir en Alsace. Mon père, professeur d’histoire, a trouvé un emploi aux usines Peugeot. »

 « Colmar pour les gros travaux »

 Il faudrait parler alors de la nécessité de s’adapter, de saisir les occasions et de tous ces tâtonnements avant de trouver sa voie… « Parce qu’il fallait bien travailler, aider la famille… » Après des études techniques, Rithya MONH aura joliment cumulé les petits boulots et contrats d’intérim avant de se poser : « comme dessinateur de bennes industrielles, à l’emboutissage sur une chaîne de montage automobile… ». Avec aussi un passage dans les télécoms en tant que responsable d’agences, « un métier agressif, axé sur le rendement, où l’on est sous pression. » Ou encore une expérience dans le… bâtiment. Puis ce sera le social avec HHA où il occupera de 2010 à 2017 à Lutterbach « un poste d’interface entre les locataires, les entreprises et la gestion technique du patrimoine. »

Il fallait sans doute tous ces chemins déviants, de Mulhouse à Belfort et de Belfort à Besançon, pour trouver Huningue et occuper le terrain social du bord du Rhin. Rithya MONH dirige là une équipe de 7 personnes et se dit heureux d’avoir ses bureaux au sein même du patrimoine de HHA, au 3 rue du marquis de Puisieux. « Ce n’est pas toujours le cas. Mais c’est une force : les contacts sont plus faciles, l’information circule plus aisément et nous sommes plus réactifs. » Et l’homme s’est fait apprécier. Jacques Chardon, un dinosaure dans le milieu social qui milite au service des locataires depuis des décennies, confie que des 4 bailleurs sociaux, c’est HHA qui fait preuve de plus d’écoute. Notamment lors des réunions de la commission d’attribution des logements, avec pour bémol toutefois des pouvoirs limités en matière de budget. « En fait nous avons une enveloppe pour l’entretien courant, des moyens matériels pour les réfections. Mais pour les gros travaux, c’est vrai, nous faisons nos propositions au siège à Colmar, qui doit donner son aval. Ainsi actuellement ce gros chantier sur la résidence de la rue Blanchard, qui va devenir un bâtiment passif, une première pour HHA. »

 « Un communautarisme élevé »

Les robinets qui fuient, les vols dans les caves, les voitures dégradées, le bruit, ces jeunes qui traînent tard dehors… Huningue, bien sûr, connaît. Mais, fait plus récent et conséquence des plafonds de ressources faibles, les populations de locataires ont changé. Et avec l’arrivée de populations venues de l’est, les relations de voisinage se sont faites plus tendues. Linge aux fenêtres, chaussures sur le palier, non-participation au nettoyage des escaliers… Rithya MONH reconnaît « un communautarisme élevé entre locataires ». Et des coutumes de vie différentes.

« Comme cette habitude de jeter la nourriture par la fenêtre. C’est dans leur culture. Pour les oiseaux, qu’ils disent. Mais ça attire les pigeons avec des dérives sur les bâtiments. D’où des nettoyages réguliers, à défaut d’une campagne de sensibilisation au quotidien faute de moyens."

Alors, la manière de gérer ces conflits ? « Déjà, on est là pour apaiser les choses, généralement en essayant d’établir le dialogue qui fait défaut. » L’agence se veut aussi vigilante envers ses locataires les plus fragiles financièrement. « Notre service précontentieux est là pour précéder les problèmes. Car quand il y a endettement c’est souvent trop tard. »

 « Vigilance envers les plus fragiles »

L’agence de Huningue gère un parc de 1 600 logements. Très peu sont vacants. « Un appartement libéré est réoccupé dans un délai de 15 jours à un mois. Nous avons aussi à répondre à des contingents identifiés prioritaires par la préfecture. » Et à faire face à des familles qui ont aussi leurs exigences. « On a vu des candidats à l’urgence refuser un logement parce qu’il n’a pas de balcon… On doit toutefois veiller à ce qu’il corresponde à la composition de la famille, à ses capacités financières… »

Autant de problèmes qui font apparemment le bonheur de Rythia MONH. « J’ai choisi ce métier parce que j’aime le social, le contact avec les gens. Et j’ai été agréablement surpris à mon arrivée à Huningue de trouver une ville, ses services, sa police municipale très impliqués ainsi qu’une association de locataires très active. »

Jean-Louis Mossière







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