Rencontres avec des Huninguois[es]

Romain FRIEDL 36 ans aux compteurs

décembre 2016 / par Jean-Louis Mossière

Romain FriedlLes impayés, les recouvrements, les conseils aux abonnés…  La vie d'un technicien branché Hunélec.

" Mon père voulait que je fasse boucher ; j'ai fait électrotechnique. "

Désosser les carcasses, vider les volailles, les lapins et les gibiers, un métier, apparemment, qui ne le branchait pas vraiment, mais électricien…

" Je n'avais pas forcément la vocation mais je me suis dit pourquoi pas ? "

Alors, au lycée technique de Saint-Louis, " où il fallait être bon en schéma électrique et en math ", Romain FRIEDL a décroché son CAP et le BEP. " Et j'ai été embauché le 2 février 1975 par la régie Électricité de Huningue présidée par le maire Charles MULLER."

Il y restera jusqu'au 30 juin 2012. 36 ans au service de la fée Électricité, sans péter les plombs  et au cours desquels il aura connu quatre maires.

" D'entrée j'ai été affecté au réseau, chargé de veiller à la bonne alimentation électrique pour l'éclairage public et celui des bâtiments publics. On était alors une équipe de 5 dirigée par l'ingénieur conseil Henri DELREZ. Je m'occupais de la clientèle, des abonnés. "

Un poste qui n'aura connu qu'une coupure - celle de l'armée, chez les paras à Mont-de-Marsan. " Et encore, c'était pour m'occuper du réseau électrique du casernement. "

À Huningue, Romain FRIEDL était chargé de la vérification des compteurs des abonnés et apportait si nécessaire ses conseils, si l'acquisition, par exemple, de tel ou tel appareil était compatible avec la puissance des disjoncteurs installés.

" Et il y a eu aussi cette mission donnée par le maire Charles MULLER qui voulait un topo sur tous les compteurs du réseau (environ 2000). Il y avait des anomalies question branchement, des fraudes aussi réglées à l'amiable, avec discrétion, et diplomatie."

" Les ronces aux serres municipales "

1983 vit un premier tournant pour la régie de Huningue après la décision de l'EWB (c'est-à-dire le canton de Bâle-Ville) d'arrêter sa fourniture de courant. D'où la nécessité pour Huningue de s'alimenter à EDF.

" En 1983, un chantier de 18 mois pour le raccordement de notre réseau à la sous station de Rosenau. J'étais le conducteur de travaux ; il s'agissait de construire sur Huningue un transformateur de 20 000 volts à 6 000 volts et de tirer les câbles depuis Rosenau. ".

Avec, au programme, une tranchée de 5 m de large traversant la Petite Camargue alsacienne ; une section délicate, à travailler avec des pincettes, en pleine réserve naturelle .

" On avait pris des précautions, mené ce travail en hiver pour bénéficier d'un niveau de l'eau au plus bas et d'un terrain gelé. Mais il a fallu négocier encore avec les protecteurs de la nature qui n'appréciaient pas le décapage de la végétation. On a dû déplanter, transporter et mettre les ronces en nourrice à la serre municipale avant de les replanter sur le site."   

1990, nouveau tournant : la régie d'électricité devient une Société Anonyme d'Économie Mixte Locale.

" Ce fut une surprise pour le personnel qui n'avait pas été informé. On gardait notre statut, certes, mais on quittait nos locaux anciennement Plasco (aujourd'hui le Triangle) pour des bureaux au quai du Maroc. Et le travail changeait. Auparavant on était autonomes : on n'avait pas de services distincts, on s'occupait de tout, du réseau, du transport, des câbles, du pilotage des postes. On était polyvalents avec des mises à jour technique. Là, tout était compartimenté. "

" Deux dobermans aux fesses "

Une réorganisation, un chamboulement, mais pas vraiment un saut dans l'inconnu pour Romain FRIEDL. 

" J'ai été affecté aux recouvrements et confronté aux impayés de factures, fonction que j'occupais déjà. En 36 ans de contentieux, oui, j'ai eu des cas difficiles à régler suite à des pertes d'emplois, des conflits familiaux. Et forcément, il y a eu parfois des coupures. Mais jamais en hiver bien que rien ne l'interdisait alors. Et plus de 80% des cas étaient réglés en bonne entente entre l'abonné, moi et la hiérarchie. "

Il y eut quand même des moments chauds notamment le jour où un abonné a carrément disjoncté.

" Oui, une personne qui m'a envoyé ses deux dobermans aux fesses. J'ai dû me sauver en sautant la clôture. Mais on est revenus avec le camion nacelle pour lui couper l'alimentation au niveau du toit. Résultat, l'abonné a eu en plus la facture du déplacement du camion. Mais c'est une exception. "    

Aujourd'hui, Romain FRIEDL n'a plus besoin de protéger ses arrières. Plus de chiens à ses basques.

Le 30 juin 2012, jour de la retraite, il a refermé son ordinateur.  " Pour ne plus jamais en ouvrir " dit-il.

La révolution informatique au travail l'a vacciné du clavier, lui, l'homme de contacts.

" Pensez que pour finir, on s'envoyait des textes de bureau à bureau, des mails entre collègues situés à trois mètres l'un de l'autre."

Ses contacts si recherchés, il les retrouve aujourd'hui au marché de Mulhouse où chaque fin de semaine il vend ses fruits, légumes et viandes, des produits de la ferme familiale de Willer.

Pour cet ancien électricien, ce va-et-vient à l'exploitation de ses parents agriculteurs, c'est sa prise de terre qui lui offre la sécurité et l'assurance de jours tranquilles en évacuant les éventuels mauvais courants de la retraite. 

 Jean-Louis MOSSIÈRE







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